Résidus de médicaments dans l’eau du robinet : Faut-il s’inquiéter ?
Paracétamol, antibiotiques, antidépresseurs ou hormones : nos armoires à pharmacie se retrouvent, malgré nous, dans nos rivières et parfois même dans notre eau potable. Si les concentrations mesurées sont infimes, la présence de ces résidus médicamenteux dans l’eau consommable interroge les scientifiques et les autorités de santé.
D’où viennent ces molécules ? Quels sont les risques réels et comment sont-elles filtrées ? Voici l’état des lieux complet.
1. Comment les médicaments arrivent-ils dans notre eau ?
Le parcours d’un médicament ne s’arrête pas à son ingestion. Il existe trois voies principales de contamination :
- L’excrétion humaine : Une grande partie des principes actifs n’est pas totalement assimilée par notre corps. Ils sont rejetés par les voies naturelles et finissent dans les réseaux d’eaux usées.
- Le rejet inapproprié : Jeter des médicaments périmés ou non utilisés dans les toilettes ou l’évier est une source de pollution directe.
- L’élevage intensif : Les traitements vétérinaires administrés aux animaux d’élevage sont rejetés dans les sols et ruissellent vers les cours d’eau.
2. Quelles sont les molécules les plus fréquentes ?
Les analyses effectuées par les agences de l’eau révèlent souvent les mêmes familles de molécules :
- Les anti-inflammatoires et antalgiques (Ibuprofène, aspirine).
- Les antibiotiques (dont la présence favorise l’antibiorésistance).
- Les hormones (issues de la pilule contraceptive ou des traitements hormonaux de substitution).
- Les psychotropes (antidépresseurs et anxiolytiques).
- Les anti-épileptiques (comme la carbamazépine, très persistante dans l’eau).
3. Les risques : Effet cocktail et santé à long terme
À ce jour, les concentrations retrouvées dans l’eau du robinet sont généralement des milliers de fois inférieures aux doses thérapeutiques. Cependant, deux points majeurs préoccupent les chercheurs :
L’effet cocktail
L’eau ne contient pas qu’une seule molécule, mais un mélange complexe. L’interaction entre ces résidus de médicaments, les pesticides et les nitrates pourrait augmenter leur toxicité globale, même à très faible dose.
Les perturbateurs endocriniens
Certaines molécules, notamment les hormones, agissent sur le système endocrinien. Des études ont déjà montré des signes de « féminisation » des poissons dans certaines rivières, ce qui pose la question de l’impact sur le système reproducteur humain à long terme.
4. Les limites des stations d’épuration et des usines de potabilisation
Les stations d’épuration (STEP) ont été conçues pour traiter la pollution organique et bactérienne, pas les molécules chimiques complexes. Selon les molécules, le taux d’élimination varie de 20 % à 90 %. Les résidus restants retournent dans le milieu naturel avant d’être à nouveau captés par les usines de production d’eau potable.
Pour garantir une sécurité maximale, les usines les plus modernes utilisent désormais :
- L’oxydation à l’ozone : Très efficace pour détruire les structures moléculaires des médicaments.
- La filtration sur charbon actif : Qui retient les principes actifs par adsorption.
- L’ultrafiltration : Pour bloquer les molécules les plus larges.
5. Comment agir en tant que consommateur ?
La protection de l’eau commence par des gestes simples :
Rapportez vos médicaments en pharmacie : Le dispositif Cyclamed permet de détruire proprement les résidus sans polluer l’eau.
Ne pratiquez pas l’automédication excessive : Moins nous consommons de molécules chimiques inutilement, moins nous en rejetons dans l’environnement.
Filtration domestique : Si vous souhaitez éliminer les traces résiduelles chez vous, l’osmose inverse reste la technologie la plus performante pour filtrer les micropolluants.
Conclusion
La présence de résidus de médicaments dans l’eau est un témoin de notre mode de vie. Si l’eau du robinet reste sûre à la consommation selon les normes actuelles, la recherche continue d’évaluer les risques de l’exposition chronique. La solution durable repose sur une meilleure gestion des déchets médicamenteux et l’amélioration continue des technologies de traitement.





