Substances Émergentes dans l’eau du robinet : Le nouveau défi sanitaire
Pendant des décennies, la surveillance de l’eau potable s’est concentrée sur les bactéries, les nitrates ou le plomb. Mais aujourd’hui, une nouvelle famille de polluants inquiète les experts : les substances émergentes.
Médicaments, cosmétiques, polluants éternels… Ces molécules, bien que présentes en quantités infimes (souvent en nanogrammes par litre), posent la question de l’effet cocktail sur notre santé à long terme. Qu’est-ce que ces substances ? Sont-elles filtrées ? Décryptage.
1. Que sont les polluants émergents ?
Les substances émergentes, ou micropolluants, sont des composés chimiques qui n’étaient pas suivis jusqu’à récemment, soit parce qu’ils n’existaient pas, soit parce que les technologies de mesure ne permettaient pas de les détecter.
Elles proviennent de notre quotidien :
- Résidus de médicaments : Antibiotiques, antidépresseurs, hormones (pilule contraceptive).
- Produits de soin : Filtres UV des crèmes solaires, conservateurs (parabènes).
- Substances industrielles : Plastifiants (phtalates, bisphénols) et retardateurs de flamme.
2. Le zoom sur les PFAS : Les « Polluants Éternels »
C’est le sujet brûlant du moment. Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont utilisés depuis les années 50 pour leurs propriétés antiadhésives et imperméabilisantes (Tefal, Gore-Tex, mousses anti-incendie).
Leur particularité ? Ils ne se dégradent quasiment jamais dans la nature. On les retrouve aujourd’hui dans de nombreux réseaux d’eau potable. Ils sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens majeurs et de favoriser certains cancers.
3. Comment arrivent-ils dans notre robinet ?
Le cycle est complexe :
Consommation : Nous ingérons des médicaments ou utilisons des produits d’hygiène.
Excrétion : Ces molécules finissent dans les eaux usées via nos toilettes et douches.
Traitement limité : Les stations d’épuration classiques ne sont pas conçues pour éliminer ces molécules complexes.
Retour au milieu naturel : Elles sont rejetées dans les rivières, s’infiltrent dans les nappes, et sont à nouveau pompées par les usines de potabilisation.
4. Quels risques pour la santé ?
Le principal défi pour la science est que ces substances agissent à des doses extrêmement faibles.
- L’effet cocktail : On ignore encore l’impact de l’interaction entre des dizaines de micropolluants différents dans un même verre d’eau.
- Perturbation hormonale : Beaucoup de ces molécules miment nos hormones, pouvant impacter la fertilité ou le développement de l’enfant.
5. Les technologies de demain pour une eau plus pure
Face à cette menace, les usines de traitement de l’eau s’adaptent. Pour filtrer ces substances émergentes, de nouvelles étapes « quaternaires » sont ajoutées :
- L’oxydation avancée : Utilisation combinée de l’ozone et des UV pour briser les molécules.
- L’adsorption sur charbon actif micro-grain : Une surface poreuse géante qui capture les micropolluants.
- L’osmose inverse basse pression : Une barrière physique qui ne laisse passer quasiment que les molécules d’eau.
6. Peut-on agir à son échelle ?
S’il est impossible de contrôler la qualité de la nappe phréatique seul, quelques gestes comptent :
- Ne jetez jamais vos médicaments périmés dans les toilettes ou l’évier (rapportez-les en pharmacie).
- Utilisez des produits d’entretien écologiques pour limiter les rejets chimiques.
- Filtrez votre eau à domicile avec un osmoseur si des analyses révèlent des taux élevés de PFAS ou de résidus de médicaments dans votre secteur.
Conclusion
L’émergence de ces nouveaux polluants marque un tournant dans la gestion de l’eau. Si les normes deviennent de plus en plus strictes, la surveillance constante et l’investissement dans des technologies de filtration de pointe sont les seules garanties pour préserver la potabilité de notre ressource la plus précieuse.





